• LE GRAND CHAGRIN DE Mr F.

    L'Ange arpenteur du champ des larmes

     

     

    LE GRAND CHAGRIN DE Mr F.

    Crucifix - jf Monnet, mai 2014

     

    Au sortir de la célébration de dimanche matin.

    J’aperçois Mr F ; il vient seul depuis plusieurs semaines.

    Aujourd’hui son regard se pose sur nous ; nous apercevant, l’œil encore vif (il fut un avocat à l’esprit subtil et mordant) nos visages doivent lui dire quelque chose car il nous sourit ; cela m’encourage à me diriger vers lui, mais j’ai une hésitation : si nous échangeons, nous allons vraisemblablement aborder ce qui le concerne.

    Aussi après lui avoir répondu d’un sourire et d’un salut de la tête je continue mon chemin de quelques pas vers la sortie de l’église ; mais je me ravise ; l’occasion est trop belle et ce sourire qu’il nous a adressé est sans doute, pensé-je, une invite partant d’une disposition qui le voit aujourd’hui plus assuré.

    Aussi tourné-je les talons et me voici déjà lui serrant la main ; son bras est animé des secousses du Parkinson et, alors que nous gardons nos mains serrées (il semble ne pas vouloir lâcher la mienne), j’éprouve le besoin de serrer un peu plus la sienne pour la contenir.

    Il y a quelque chose d’interrogateur dans son regard ; je prends les devants en lui disant que nous connaissons bien l’une de ses filles ; laquelle me demande-t-il ? ''Claude'' réponds—je, en ajoutant que l’on a fait connaissance il y a une trentaine d’années quand nous étions encore étudiants.

    Vais-je oser le questionner sur sa vie actuelle ? A part Claude, qui évoquer ? Je m’enhardis et ose : ‘’Nous avons appris le décès de votre épouse’’. Soudain ses yeux se remplissent de larmes ; montée du bas, peut-être faisant que le sol va se dérober sous ses pieds, la vague de chagrin le submerge.

     

    Je ne sais si l’excès de joie peut mettre à nu et terrasser ainsi une âme, mais le chagrin oui : j’en eus la preuve sous les yeux et cela me bouleversa ; je n’eus d’autre recours que de lui serrer la main de façon un peu plus pressante encore, pendant quelques instants ; nos mains finirent par desserrer leur étreinte et Mr F replongea dans sa solitude douloureuse. Je balbutiai une maladresse.

     

    Dans un couple uni l’homme ne devrait jamais survivre à la femme ; celle-ci qui donne la vie, est mieux à même d’apercevoir entrouvertes les portes de la mort.

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    … L’ange qui les y accompagnera est l’Ange arpenteur du champ des larmes : Que Jérusalem reste une cité ouverte aux ‘enchagrinés’.

     

    LE GRAND CHAGRIN DE Mr F.

    Demi Grand-Christ contemplé par un taureau

    dessin au feutre sur carnet - jf Monnet; janvier 2015

     

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    Ce même dimanche : Fête de la Saint-François d'Assise, texte biblique sur la Création ...

    Quelques images, croquées à la Citadelle ... afin d'alléger l'ambiance et honorer le monde vivant.

       

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