• Lettre à p'tite mère

    ART COMPTANT POUR RIEN  (??!!)- L'Idole et le Titan ... et Kitsch au top...

    Ne me décidant pas à mettre une telle image en ligne, si vous souhaitez voir l'œuvre évoquée dans cet article, tapez sur votre moteur de recherche : sacred+heart+jeff+koons

     

    Jeudi 20 juin 2019

     

    Chère petite mère,

        Je reçois ce matin ton colis, contenant mes lunettes de vue, que tu as pris soin de mettre dans un étui : je me suis demandé si cet étui avait appartenu à papa. En tout cas cela m'a fait plaisir ; merci aussi pour le maillot oublié que j’avais emporté spécialement pour tailler ta glycine ; et, ce dont je voudrais t'entretenir ici, pour l'article du Figaro, rubrique « culture », concernant l'Art Basel ; avec pour illustration le ''Sacred Heart'' c'est-à-dire le ''Cœur Sacré'' de J. K. dont tu m'avais parlé, qui, pour reprendre l'expression de la légende que le journal appose à cette photo, ''trône au milieu du stand de… (nom du galeriste) …, le comble du kitsch à un prix top secret''.

       Je suis en train de lire cet article qui est truffé, ce qui est tout à fait remarquable, de mots anglais et de ''millions de dollars'' (ou d'euros).

    L'en-tête de l'article évoque, (en employant l'expression ironique de ''fièvre acheteuse''–qui semble être une maladie contagieuse dans la société de la grande richesse) l'empressement des affairistes de l'art… mais aussi l'absence de « vraies découvertes ».

       Eh oui : c'est le côté mystique de l'art, le vrai, de ''dire malgré lui'', d'être supris par l'évidence de l'inspiration (qui impose sa loi) et du même coup de surprendre ! dans cette foire, que de la marchandise, donc pas de "vraies découvertes"... Et l'on ressasse, l'on ressasse...

     

     

    Ne me décidant pas à mettre une telle image en ligne,, si vous souhaitez voir l'oeuvre évoquée dans cet article, tapez sur votre moteur de recherche : sacred+heart+jeff+koons

    Ayant l'apparence d'un cœur gonflé comme une baudruche qui serait constituée d'un emballage cadeau de couleur magenta et dorée (pardon : il faut dire ''Gold''... comme on dit ''goldenboy''dans les salles de marché boursier)  ''l'œuvre'' mérite, par sa symbolique que l'on s'y arrête : non pas pour admirer, mais simplement pour méditer.

     

       Le matériau est réfléchissant, sa forme en fait un miroir globulaire, où l'image de celui qui passe devant est déformée, étirée : c'est un effet de pure surface, de pure extériorité, donc de pure superficialité.

    La présentation ''aspect cadeau '' peut être comprise :

    - comme un geste d'ironie : en effet ce cœur n'est qu'un emballage, et à cet ''emballage'' l'on a attribué un prix démesuré en espèces sonnantes et trébuchantes. L'on retrouve le même principe métaphorique dans la plupart des publicités pour des bijoux précieux, ou des parfums raffinés, qui veulent signifier que l'amour (dont la métaphore universelle est le cœur) n'a pas de prix !…

    - mais aussi comme un acte de dérision, ou bien supercherie ; ou encore accès de vanité de l'artiste, démesuré lui aussi. A moins que la mesure ne soit celle du calculateur et de sa calculatrice qui aligne les zéros.

     

       Plus intéressant, et plus grave, il y a ce jeu de mots sur le ‘’Sacré-Cœur / Sacred Heart’’ : Hélas, nous touchons à une illustration de l'anéantissement d'un des symboles de notre civilisation.

    Le cœur sacré, le Sacré-Cœur, est selon la religion, un objet d'adoration, une invitation spirituelle à plonger dans sa propre intériorité, à faire cet ‘’acte pauvre’’ de l'humilité dans la prière ; nous pouvons penser ici à l'expression de Saint-Augustin qui, en substance, nous dit que Dieu nous est plus intime que l'intime de notre cœur.

    Le Sacré-Cœur est donc un symbole qui a du poids, spirituellement parlant s’entend.

    Alors que cette semblance de baudruche de papier cadeau est une sorte de jouet pour enfant de milliardaire (-mais non, il ne sera pas donné aux enfants, il est voué à être objet de spéculation-) ; il est une espèce d'éclat de rire existentialiste, ayant perdu toute référence, hormis celle du monde marchand, non pas celui du teneur d'échoppe qui cause avec les clients du quartier, mais de ce système de marketing qui établit un rapport glacé au monde.

    Ce cœur de papier brillant est, à bien y regarder, l'œil miroitant d'un titan moderne !

        Quant au ressenti de l'œuvre, ne parlons même pas d'émotion, ce serait un gros mot ; face à cela l'on haussera les épaules, l'on esquissera un sourire moqueur et un peu navré devant tant d'infatuation…

    … Ou bien l’on dira, avec un accent superlatif « Ah ! j'â-dôôre ! » sans se rendre compte à quel point cette expression convient bien pour qui se prosterne devant l'idole.

    L’Idole et le Titan… Il en est ainsi de cette ‘’koonerie’’, miroir aux alouettes… aux plumes argentées.

     

    Bien affectueusement à toi.

     

    MAIS FOIN DE TOUTES CES CONSIDERATIONS SUR CE QUI NE DEVRAIT PAS NOUS PREOCCUPER, NOUS SIMPLES ADMIRATEURS DU BEAU QUI GRATUITEMENT ET GRACIEUSEMENT SE PRESENTE,  SIMPLES ADMIRATEURS DU NATUREL !

    CONTINUONS DONC DE FAIRE NOS GAMMES, EN COULEUR, EN PEINTURE...

     

    Lettre à p'tite mère

    ''Nature Morte au petit bouquet'' - peinture acrylique sur toile - jf Monnet, juin 2019 

     

     

    Lettre à p'tite mère

    ''Derrière un rideau d'arbres'' - peinture acrylique sur toile - jf Monnet, juin 2019

     

    Lettre à p'tite mère

     Etude d'une floraison d'amaryllis - peinture acrylique sur toile - jf Monnet, juin 2019

     

     

     

       

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :