• QUI PARLE DE RESURRECTION ?

    De Dylan à Dylan ...

     

    QUI PARLE DE RESURRECTION ?

    ''La prairie imaginaire'' ou  ''Je suis le gardeur du troupeau de mes pensées'' 

    Hommage à Dylan THOMAS - jf Monnet  (voir texte au bas de cet article)

      

    De Dylan à Dylan ... Des modernes troubadours américains au fil renoué de l'inspiration anglo-saxone...

    De Bob Dylan, maintenant prix Nobel, à Dylan THOMAS...

    Dylan ressuscitant en Dylan ? Pourqoui pas ?!

     

     

    Bob Dylan qui finit par reconnaître que le nom de ce poète gallois de la première moitié du 20° siècle, avait été pour quelque chose dans la détermination de son nom d'artiste (symboliquement un patronyme!) ...

    Voici bien ce que permettent les ricochets de biographie d'artiste à biographie d'artiste ! Ce qui m'a valu la découverte de ce poète célèbre dans la sphère anglophone en particulier pour deux poèmes : ''And death shall have no dominion'', 1933 ; et ''Do not go gentle into that good night'', 1951.

     

    QUI PARLE DE RESURRECTION ?

    Troubadour moderne 

     

    M'intéressant au premier de ces deux poèmes ''Et la mort n'aura pas d'empire''  j'ai été évidemment frappé de l'interpénétration d'une inspiration que l'on pourrait qualifier de paulinienne (Saint Paul- 1° Epître aux Corinthiens) et d'une sensibilité naturaliste axée sur les éléments  et teintée d'esprit magique, ceci trouvant sa source sans doute dans la tradition des bardes, la poésie celtique.

     

    QUI PARLE DE RESURRECTION ?

     

    Dürer : Le Chevalier, Le Diable et la Mort.

     

    Ainsi j'ai relu Saint Paul puis me suis lancé dans une interprétation du texte de Dylan Thomas. Au mot d'empire j'ai préféré ''royaume''.

    Patients lecteurs et chers amis de ce blog, je vous livre le fruit de ma réflexion qui essaie de traduire un certain esprit du texte.

    Les puristes, ou bien mes collègue professeurs d'anglais y trouveraient certes beaucoup à redire, pointant ici un faux-sens, là une liberté d'interprétation exagérée... Je fais par avance acte de contrition pour ces méfaits... et me console et me disant que peut-être l'auteur du poème n'aurait pas complètement désavoué cette entreprise !

     

     

    D’aucun royaume mort ne sera.

    Leur nudité fera que les humains ne seront qu’un

    Avec celui qui s’éprit du vent, de l’Ouest et de ses lunes ;

     

    Que leurs os deviennent cristallins et qu’à leurs os pureté convienne,

    Etoiles chevilleront leurs pieds.

     

    Qu’ils glissent vers la folie, ils seront sains,

    Que la mer les voie sombrer

    Toujours ils sillonneront (ils vogueront).

     

    Qu’amants puissent se quitter, fera qu’amour demeure ;

    Et la mort n’aura pas de royaume,

    D’aucun royaume ne sera.

     

    Sous le roulis des flots marins

    Ils s’allongeront et ne mourront pas des coups de la bourrasque,

     Twistant sur le chaos au moment où leurs sens s’évaporent ;

     

    Bridés au supplice de la roue, rien en eux ne cédera ;

    La foi en leurs paumes se partagera

    Et les démons à front de licorne les fouleront ;

     

    Eternellement mis à l’épreuve, il sera dit qu’ils ne craqueront pas,

    Et il n’y aura pas de royaume pour la mort,

    Pour la mort aucun royaume.

     

    La plainte des mouettes ne percera plus leurs oreilles ;

    Non plus aucun fracas des vagues qui sur le rivage se brisent ;

     

    Où doit se produire la floraison, plus jamais une fleur

    N’offrira ses capitules aux coups de l’averse ;

    Fous, raides comme clous,

    Leurs têtes de frappés massacreront le champ de marguerites ;

    Ils seront mis en miettes par le soleil jusqu’à ce que le soleil tombe en morceaux

    Et d’aucun royaume mort ne sera.

     

    Voici le poème  original de Dylan THOMAS :

    And death shall have no dominion.
    Dead men naked they shall be one
    With the man in the wind and the west moon;
    When their bones are picked clean and the clean bones gone,
    They shall have stars at elbow and foot;
    Though they go mad they shall be sane,
    Though they sink through the sea they shall rise again;
    Though lovers be lost love shall not;
    And death shall have no dominion.
    And death shall have no dominion.
    Under the windings of the sea
    They lying long shall not die windily;
    Twisting on racks when sinews give way,
    Strapped to a wheel, yet they shall not break;
    Faith in their hands shall snap in two,
    And the unicorn evils run them through;
    Split all ends up they shan't crack;
    And death shall have no dominion.
    And death shall have no dominion.
    No more may gulls cry at their ears
    Or waves break loud on the seashores;
    Where blew a flower may a flower no more
    Lift its head to the blows of the rain;
    Though they be mad and dead as nails,
    Heads of the characters hammer through daisies;
    Break in the sun till the sun breaks down,
    And death shall have no dominion.

     

    QUI PARLE DE RESURRECTION ?

     

    Troubadour moderne pendant un concert

     

    DylanThomas aimait boire  et le faire savoir ! En novembre 1953 lors d'une tournée pour promouvoir son oeuvre poétique il se vanta avoir bu 18 whiskies et déclara que c'était un record.

    La même année il mourut suite à une pneumonie mais, semble-t-il, surtout à cause des graves problèmes de santé que lui valaient sa dépendance à l'alcool.

    Il trépassa ainsi à 39 ans et ses derniers mots furent : "After 39 years, this is all I've done" (« Après 39 ans, c’est tout ce que j’ai fait »). Voulait-il dire qu'il ne s'était converti qu'à l'alcool au cours de sa vie ?

    (A peine énoncée, je regrette déjà cette remarque cruelle vis à vis de l'artiste ! Parole étrange, tout de même, que ce ''c'est tout ce que j'ai fait'' ... Peut-être souhaitait-il au fond de lui, une conversion plus radicale que la ''conversion artistique'' trop dépendante de la reconnaissance sociale et, d'une façon générale des choses humaines, littérature comprise ? Ce qui serait une façon alllusive d'affirmer qu'art et foi ont , au final, un même horizon...)

     

    Ce qu'il avait fait ? Brillant poète, il avait été tout bonnement le ''leader de la littérature anglo-galloise'' , poésie qui rejetait les conventions de son siècle et en laquelle il mettait une verve peu ordinaire, y exprimant  ses émotions avec force conviction. D'autre part, il sut tirer parti, nouveauté pour l'époque, des techniques d'enregistrement et de radiodiffusion.

     

    La poésie est faite pour que la langue vive,  pour intensifier le réel, pour créer une réalité ou recréer  celle existant. A condition qu'elle sache se nourrir des sensations et courber l'échine pour glaner d'imaginaires moissons...

    La parole des poètes court derrière la Parole, celle qui désarçonna Saint Paul et transforma radicalement sa destinée.

     

    QUI PARLE DE RESURRECTION ?

    La Conversion de saint Paul sur la route de Damas (1600) par Le Caravage.

     

    Dans ce passage de Saint Paul (1° épître aux Corinthiens) il y a un lien entre la résurrection et l'attitude de l'apôtre qui tient bon dans l'adversité. Dylan Thomas vécut-il en quelque façon cette épreuve ? Peut-être... 

    En tout cas son poème met très nettement l'accent sur ce fait, et cela est remarquable ; mais il est aussi surprenant, et à ce titre loin des conventions poétiques de l'époque, que mort et résurrection, qui sont des symboles essentiels,  soient dans le poème de Thomas enchâssées dans une trame où les élements naturels prennent une grande place, constituant une sorte de fresque vitaliste aux accents tragiques et où les morts ne semblent pas se résigner à leur condition ; tout cela étant exprimé dans une fréquence modulée, une palette large utilisant des images classiques (l'os blanchi) mais aussi des expressions quasi triviales (''raides comme des clous'').

    Et cet expressionnisme du verbe -avis personnel- me semble servir un sentiment existentialiste qui est bien de son siècle, sentiment non dénué d'une pointe de dérision et de rage vis à vis de l'absurde que représente la mort sans résurrection.

     

    QUI PARLE DE RESURRECTION ?

     

     

     

     

    Mais qu'à cela ne tienne ! Le cavalier, gaëllique ou occitan,  barde ou troubadour, a vidé  les étriers ; le démon s'est évanoui comme un fantasme, la Mort, sororale, a pris son âme par les épaules pour l'emmener vers l'horizon de Lumière ; pour nous, hommes à ras de terre, voici son destrier couché dans le caniveau , son chien attristé veillant son corps la tête entre les pattes ; et non loin de lui, son luth -esquif musical sur la glèbe- et son calepin manuscrit dans la boue, que nous avons à recueillir précieusement ! 

    L'image qui suit est dédiée à Dylan Thomas qui, par poésie, en poésie, sut exister !

     

    QUI PARLE DE RESURRECTION ?

     Les moissons imaginaires - Peinture acrylique - jf Monnet, début juillet 2016 

     

      ... Image dont voici la variante complétée, faisant écho à la parole de Fernando PESSOA qui déclarait en tant que poète : ''Je suis le gardeur du troupeau de mes pensées'' :

     

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