• UN POEME DE LA POSTMODERNITE ?

    L'Empire américain (suite) 

    PREAMBULE 

       Je ne sais si je suis plus ''postmoderne'' plutôt que ''pré- moderne'' ... Peut-être tout simplement un pré-postmoderne, ou a contrario un post-pré-moderne... Ce qui serait ma façon de camper dans la modernité !...

       Rimbaud dans son ''Adieu'', qui clôt le recueil ''une Saison en Enfer'', affirme qu'il ''faut être absolument moderne'' :                                                                                                     Il s'agit déjà ''d'être absolument'', soit d'être au plus près de son acte poétique, et ceci a pour corollaire d'être au plus près de son ''actualité intime'' : sentir les événements avec une sensibilité sismographique, connaître les êtres et ce qui les relie ; ressentir comment la vie pénètre en eux et rend leur identité à la fois pérenne et multiple...

     

       Il s'agit aussi de faire l'instant présent plus présent. ''Un jour est mille ans'' dit le Psalmiste ! Est-ce pour lutter contre la menace qu'il ne se volatilise, englouti et effacé par la marée du monde, dévoré par sa mécanique ?  

    Ou est-ce pour élargir le filet trop serré, la maille trop étroite d'une idéologie intime - peut-être d'une idolâtrie -(effectivement ''cet être absolument'' n'est-il pas l'apanage de la Divinité ?)-  pour apparaître à soi-même victorieux par l'effet d'un élan prométhéen et d'une conciliation impossible, ... Nietzsche ou Rimbaud ;

    Ou bien encore est-ce par une nécessité autre, en laquelle opère la  grâce de l'humilité d'une quête nomade ? Nouvelle voie qui s'ouvre, nouvel horizon du poème...

     

    Le poème comme combat si semblable -presque consanguin- à ce ''combat spirituel (qui) est aussi brutal que la bataille d'hommes'' dit Rimbaud dans le jet tendu du même texte d'Adieu.

    Le poème capable d'intensifier le réel -du moins c'est comme ça que je le conçois- , de le dilater, de l'élargir (aux deux sens du terme, y compris au sens de l'affranchir), de tisser des liens complexes s'inscrivant dans un espace-temps et une réalité embrassés très subjectivement, c'est entendu ...

     

    Espace, Temps, Réalité qui, perçus, ne sont que goutte dans le flot héraclitéen, mais qui ont le premier -et peut-être l'unique- mérite que celui d'ETRE, tout simplement ; et d'être par surcroît, d'être ''plus'', dans l'écrin de l'expression, de la parole, soit du poème.

     

    Kenneth White

     

       Kenneth White a énoncé, dans l'un de ses écrits (était-ce un de ses essais ou bien compte-rendu de conférence ?) que toute poésie est indiscutable. La poésie qui, de plus, selon lui, est à la littérature ce que la pointe est à la flèche.

     

    Le poème, dans sa ''modernité, soit dans son ''intense-actualité-intime'' a donc un caractère indiscutable ! Cela sous-entend que s'y conjuguent une liberté, une sensibilité, une volonté et une capacité d'expression... Alors même le hasard des circonstances peut venir s'y inscrire ; et la pauvre et grandiloquente parole venir y nicher et s'y lover.

     

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    UN POEME DE LA POSTMODERNITE

     

    ''Garlic''' ou un empereur à Frisco

    ( Une escapade au ‘Stinking Rose’ )

     

    à Brooke, à Andrea

     

       Tous les chemins mènent à Rome, c’est bien évident.

       Ce soir, vides de plan et de projets, notre besace ne contenait de pensée élevée que le souvenir (une simple impression) de cette virée lors de laquelle le bruit lancinant des moteurs du petit avion de tourisme fut heureusement étouffé au bénéfice des harmonies de ‘’la pie voleuse’’ (Ceci se fit grâce à  l’équipement stéréophonique dont notre ami pilote nous avaient affublés).

       Plus tard, quand nous partîmes à travers rues, il me semble, à y repenser, qu’aucun de nous n’aurait pu avoir l’assurance d’une belle femme qui, ayant pelé un morceau de son âme, n’aurait plus eu qu’à tendre le bras pour décrocher la petite lune d’une idée, songeant être pour l’occasion en la tenue d’une robe rouge vermillon, par exemple.

    (Sa logique propre aurait imposé que d’autres puissent pareillement l’admirer.)

       Traversé le  carrefour des liqueurs et de l’âge, nous allâmes au ‘Stinking Rose’ détailler la guirlande de célébrités, plusieurs dizaines de photos disparates au mur, comme les morceaux d’une écorce morte, suspendues parmi des bouquets d’aulx ; nous y regardâmes, serties dans la nuit de l’Empire rénové, scintiller les étoiles rouges, blanches et bleues qui regroupaient les âmes de ce pays et mettaient un peu de leur firmament au plafond de cette auberge de bon ton.

       Parallèles et levés, comme ceux d’un totem, les bras de l’empereur portaient les chemins, qui passent là, pragmatiques.

       Nous dévorâmes qui une tranche de porc grillé et lourdement chargée du condiment maison ; qui un seul énorme chapeau de champignon, doré comme la galette que, dans les contes, mangent des gnomes enfantins ; et saisi comme un steak.

    jf Monnet -  San Francisco, juillet 2012

     

     

    UN POEME DE LA POSTMODERNITE

     ''Garlic'' 

     

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    à propos de Kenneth White :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Kenneth White

    Kenneth White est un poète essayiste et penseur contemporain, né le 28 avril 1936 à Glasgow. Il réside en France depuis les années 80 à Trébeurden (Bretagne). C'est le théoricien inventeur du concept de « géopoétique ». Il a fondé l'Institut International de Géopoétique qui a essaimé partout dans le monde.


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