Textes et peintures de J.F. Monnet
Par jeffpm
Jeannot et Claudio sont deux connaissances de longue date, habitant chacun une bourgade, l'un sur les Côtes du Jura, l'autre dans le Territoire de Belfort soit aux deux bouts de la Franche-Comté. Jeannot approche des 80 ans. Claudio a environ 15 ans de moins. Ils sont tous deux en couple ; des couples où l'unisson parfait est de mise.
Ainsi depuis deux ans, dans chacun de ces deux foyers, la politique sanitaire tenait en un mot : calfeutrement ! Distanciation même avec les proches, souci presque obsédant des précautions à prendre en particulier pour faire les courses.
Ni l'un ni l'autre n'avaient compris la stratégie de Mr Virus. Elle tient en une phrase, la dernière d'un des articles les plus récents de ce blog : ''.. en contaminer le plus possible !''
Ils luttèrent comme des braves, rivalisant de claustration dans leur forteresse respective... Peine perdue ; ce qui devait arriver arriva, et cette expression n'est pas dite en passant, à la légère, mais prend ici tout son sens : ils furent tous les deux, et en couple, infectés.
Claudio s'en tira bien. Jeannot, ce cher Jeannot qui fut il y a fort longtemps notre voisin et qui nous emmenait faire un tour sur sa moto quand nous étions gosse, s'en sortit beaucoup moins bien : trois semaines de ''réa''...
Il a eu une mauvaise passe, mais au final il a eu de la chance, Jeannot , et il en prend je crois la mesure aujourd'hui. Ce que l'on n'oserait pas lui dire c'est que ces trois semaines d'hospitalisation avec soins de réanimation représentent beaucoup d'heures de mobilisation d'un lit d'hôpital.
A-t-il fait le compte de toutes les interventions chirurgicales qui, pour son bien, ont été déprogrammées ? Imaginons que ce soit deux par jour, cinq jours par semaine : cela ferait une trentaine !
Quant à toi Claudio, dis-toi bien que, toi aussi, tu aurais pu être embêté plus gravement...
...Mais peut-être Jeannot ne s'est-il pas même posé la question. L'on voit toujours midi à sa porte et chacun se dit en soi-même : ''mon dû c'est mon dû''.
Cependant pendant tout ce temps où l'on s'est s'affairé autour de toi, d'autres ont sans doute diminué leur espérance de vie ... à cause de toi.
Devrait-on passer cela par pertes et profits? Ces années de vie en moins seront et resteront silencieuses : elles n'apparaîtront tout au plus que dans des statistiques : ces malchanceux, ces morts prématurés resteront sans visage, sauf pour les proches de cette cohorte de défunts qui auront ''devancé l'appel''...
Les corbillards qu'on ne voit pas, les corbillards transparents, ô cohorte des trépassés ... Cohorte anonyme, se chiffrant en centaines voire milliers de personnes.
Il y a quelque chose d'injuste et de grave là dedans n'est-ce pas ?
Ma liberté s'arrête là où commence ... (et non pas l'inverse : ''Ma liberté commence là où s'arrête...).
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