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Textes et peintures de J.F. Monnet

LETTRE à MAY-BE

LETTRE à MAY-BE

 

Petit bouquet - Aquarelle - jf Monnet, juin 2024

 

Quai de gare ; Cohue des humains ; trajectoires pressées et erratiques des valises à roulettes, l'on cherche son numéro de rame, l'on vérifie sur le smartphone.

Assis là, calme et rassuré aux pieds d'une jeune personne, un chien qui n'a rien du chien citadin, du chien-chien à la mode fait pour les appartements.

Poil long, de blanc chamarré de noir plus ou moins diffus ; bref échange avec sa propriétaire (ce mot ne convient pas) ;  il s'agit bien du chien provincial, du campagnard qui revient d'une escapade parisienne. Comment s'appelle-t-il ? ''May-Be'' me répond-elle.

Je monte dans la rame avec l'image de cette rencontre inattendue et vécue comme une bonne surprise. Départ du train ; dix ou quinze minutes se passent sans que ce chien n'arrête de batifoler dans ma tête : et si j'écrivais une lettre à ce ''May-Be'' ?

Hésitation ; pourquoi pas finalement : faire de ''May-Be'' un ''peut-être'' qui se concrétise, ne serait-ce que sur du papier !

 

LETTRE à MAY-BE

 Jeu au parc - dessin - jf Monnet, novembre 2022 

 

Bon chien,

dans le globe clair de ton oeil

l'on devine la fidélité.

 

Je ne sais si , en ce monde,

ton nom et ton histoire

s'écrivent en tout petit.

 

Tu te tiens dans le présent,

guettant chaque instant de tout ton instinct.

Te dresseras-tu pour haïr les hommes ?

Je ne le souhaite pas !

 

Tu es le gardien de celui que l'on dit être ton maître,

gardien de sa personne, gardien de son être ;

gardien de cet humain, cet étranger à lui-même !

Et peut-être aussi, même quand ta tête repose

entre tes pattes étendues devant toi

au pied de la table ou à côté de la chaise,

gardien du troupeau de ses pensées.

 

Je rêve pour toi de songes

bêlant comme des agneaux ;

je rêve d'un vaste paysage

où ton métier, fait d'aboiements,

de jappements et de vivacité,

attrouperait en l'encerclant

la marée des brebis.

 

Ce serait sur une vaste pente herbeuse

ponctuée de nuages et de rochers.

 

 Là serait le meilleur de ta liberté:

non pas de bitume, à y flairer l'ennui,

non pas de'' bois puant l'usine'',

mais de l'exercice de ce pour quoi tu es fait.

 

Bon chien,

dans le globe clair de ton oeil

l'on sait la fidélité.

 

  

LETTRE à MAY-BE

   La lecture sous l'arbre- dessin - jf Monnet, juin 2024 

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J
L'expression ''...gardien du troupeau de ses pensées...'' est empruntée au poète portugais Fernando Pessoa qui, en tant que poète, l'applique à lui-même au début de son recueil intitulé ''Le gardeur de troupeaux''.<br /> L'expression ''bois puant l'usine'' au poète Arthur Rimbaud dans son poème ''Les mains de Jeanne-Marie''.
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