Textes et peintures de J.F. Monnet
Par jeffpm
Les martinets, la corneille, le cèdre et la nuit de petite Genèse.
Chèvrefeuille - photo jf Monnet août 2015
Les martinets.
Les martinets ont envahi l’espace des cieux.
Cousins de l’hirondelle qui sont leur miniature, avides d’un éther plus pur, le flexible fléau de leurs ailes bat par saccades entrecoupées de longs vols planés et rapides.
Ils sont la gaieté et nos yeux les accompagnent, comme si la vie qu’ils représentent, vitalité apte à pourchasser toute fantaisie, avait pour règle le mouvement et l’élan qui pour nos âmes sont deux vertus consanguines.
Dans le chèvrefeuille s’active le sphinx du caille-lait, qui trace en quelques instants le chemin polyédrique de ses inflorescences, et parcourt presqu’aussi vite que le regard l’espace sphérique de sa senteur, sorte de bulle aux contours flous où sont restées dressées les échelles menues du lierre.
Le ciel est encore très lumineux, et les oiseaux volent haut, comme tous ces derniers soirs. Ne seraient-ils pas là à donner la dimension d’une première marche céleste, ou bien d’une seconde ?
Plus haut encore, sans bruit, lente météorite familière et sans intrusion, un avion brille dans le soleil du crépuscule qui s’annonce et donne la mesure de la hauteur que tolèrent et supportent les hommes qui se souviennent d’Icare.
Sphinx du caille-lait ou moro-sphinx : certains le prennent parfois pour un oiseau-mouche
à cause de son vol sur place et ses déplacements très rapides... (photo wikipedia)
La corneille et le cèdre bleu.
Une corneille vient de se poser sur le cèdre bleu ; ses trois croassements résonnent bruyamment dans la courette ; elle n’est qu’une tache d’encre gelée sur les branchages tracés au pinceau ; le soir est une page de papier de soie humide.
Encore un battement d’aile comme pour s’ébrouer de la fatigue de sa journée et l’oiseau n’est plus qu’ombre indéfinie, se fondant dans la chinoiserie qu’est la silhouette de l’arbre. De celui-ci, les branches les plus basses, interminables, viennent raser le sol comme déferleraient des vagues végétales : voici l’aune de la prospérité promise au lieu. Bel endroit pour la rêverie poétique.
photo jf Monnet - été 2015
La nuit.
Quelques chauves-souris déjouent les feintes ivres d’insectes nocturnes. Les gazons tirent leur myriade de langues assoiffées. La nuit tombe, risque un œil écarquillé, avance son épaule. Une brise légère se lève, d’abord imperceptible. Il est 22h10 quand elle renverse du coude la fiole qui contenait l’essence huileuse des fraîcheurs.
De demain les bourgeons se devinent, noués encore ; il y aura donc un nouveau matin, petite Genèse toujours recommencée, et toujours s’initiant à l’occasion crépusculaire d’un soir.
photo jf Monnet - été 2015
Et demain aussi, avec les couleurs du jour, peut-être la vanesse du chardon reviendra-t-elle visiter
notre petit jardin sans une once de désherbant... (photo jf Monnet - juillet 2015 )

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