Textes et peintures de J.F. Monnet
Nuages roulant au dessus des fermes à Pirey (Doubs) -peinture acrylique - jf Monnet juillet 2013
L'immense et haut nuage est passé,
Sans doute m’a-t-il déjà oublié, moi qui le regardais
Si intensément …
Il a étendu son échine vers un lieu plus originel,
Revêtu la poutre d'un nouvel horizon
Je me sens loin de lui, je n'aurai
Pas eu le temps d’apprendre son langage
Que déjà il aura tenté, vers l'Est, de chausser
D'aériennes semelles,
Au bord du lac - Posca sur papier toilé - jf Monnet, mai 2012
Est-il allé visiter des peuplades d'hommes gros ou petits,
Aux blanches omoplates, aux nuques fauves ?
A-t-il survolé des vallées où les vieilles paysannes
Louchent en tricotant des dentelles de citron,
Des bourgades où les hommes épousent
Des compagnes béates au cou long et tors
Comme un col de cygne ?
Il est passé si vite et si lentement, portant
En lui à son sommet les lactescences
Et tout le nid fibreux des ciels,
De ces ciels anciens et profonds
Comme des puits...
Photo prise le 18/09/14 en soirée - Besançon- jf Monnet
Peut-être s'ennuie-t-il heureusement, ou connaît-il
Des excitations inéprouvées, poussées devant
Comme vaguelettes par les poignets de la brise,
Ou tordues comme la natte de terre des ouragans ?
… Il est passé et je le retiens dans le lacis de ces fils orangés,
Je garde sur ma rétine sa blancheur qui bravait le jour
Nuage sur le clocher de la chapelle - feutre sur carnet 2012
Ses formes assouplies modèlent les contrées diagonales
Que sillonnent les âmes de mes aïeuls ;
Ou peut-être en est-il par elles,
Dans la lande où sévir est par désolation
Des ajoncs millionnaires,
A grand coup de balai chassé ?
Paysage près du Langenberg - Ballon d'Alsace - peinture acrylique juin 2014 - jf Monnet
Il est passé avec son dos d'enclume,
Promenant le recel silencieux de son coffre de vapeur,
Et depuis le centre des loges sourdes
Que tient en grappe son cumulus,
Il est allé raviver la mémoire de l'ailleurs,
Ressusciter le surgissement des foudres,
Bousculer les tonnes de Bacchus là
Où dorment les vignes dorées
Ciel d'orage au dessus de l'étang du Malsaucy - peinture acrylique jf Monnet, juillet 2014
Le voici, j’imagine, prêtant main-forte
A l'étoile du matin qui égrène
Des semailles de lueurs
Comme jadis l'amoureuse déesse
Semait des grains d'écume
Au lieu du déferlement
Ah ! S’il verse l’ondée
Calme ou rageuse, je ne sais,
Peut-être depuis le lointain en sentirai-je la fraîcheur
Et peut-être celui ruissèlera-t-il, ruissèl-
-era-t-il jusqu’à cette frange charnelle
Sur laquelle la pensée se nourrit
D'une ultime proximité.
jf Monnet les 18 et 19 septembre 2014
poème dédié à Aude
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Baudelaire: Petits poèmes en prose, I (1869)
- Qui aimes-tu le mieux, homme enigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis?
-Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !