Textes et peintures de J.F. Monnet
... QUI POURRAIT S'INTITULER ''TABLEAUX D'UNE EXPOSITION''
Nouvelle ère marquée par l'homme- si courte (à peine 100 000 ans si l'on fait abstraction de l'aube de l'humanité) qu'elle ne vaut même pas la peine de valoir le suffixe de ''-cène'' : rien à voir avec l'Eocène, le Pléistocène, ou encore moins avec les Trias, Jurassique et Crétacé ...
L'arche de Noé - dessin à l'encre- jf Monnet, septembre 2019
Par contre elle est bien ''anthropo-' c'est-à-dire de l'homme et marquée par lui ! En cet ''Anthropocène'', les temps courts de l'humain se gonflent d'orgueil, en réalité durée d'une seconde au regard des temps géologiques mais ayant l'effet catastrophique d'une éruption volcanique majeure qui couvrirait l'équivalent d'un morceau de continent de ses laves et cracherait basaltes et surtout CO2 pendant x dizaines de milliers d'années !
La géologie se souviendra de l'homme par quoi ? La perte de cinq à sept cent milliers d'années d'archives glaciaires accumulées dans les strates de neige tassée aux pôles... et d'autres choses qu' on n'ose à peine imaginer et que nous font entrevoir les reportages télévisés... En bien des endroits du globe les quadrupèdes détalent, ayant entamé les migrations de la survie...
Le poème qui suit est dédié à l'ami Jean-Luc, graphiste, peintre et graveur à ses heures ; et qui expose actuellement dans une grande librairie de Besançon, au 3° étage sous la coupole. Le texte fait référence en particulier à trois des oeuvres exposées dont une représente une arche de Noé pleine de fantaisie.
Anthropo-scène (à Jean-Luc)
Les quadrupèdes détalent mais où grimpent et s’élèvent les bipèdes ?
L’arche attend… largue les amarres, dans le soulagement de n’être plus en présence humaine ;
Un petit animal, dans la genèse de son animalité, se tient à la proue, à faire le guet de sa propre curiosité…
Une voile signale l’embarcation -–mais à qui donc ?
Aux nuages, ceux qui reçoivent le murmure d’une girafe plus élevée que nature… et proche d’offrir un baiser à la lune.
Une voile, sorte de torchon à carreaux promettant la calme provende, est tissu ballonné comme une bedaine replète qui se serait déjà attablée aux festins de quiétude.
S’il est un représentant du genre humain caché dans l’embarcation, il y a peu à imaginer qu’il ne soit autre que Noé,
ce Noé artiste qui se plaît et complaît à graver dans son encyclopédie mentale l’éléphant à trompe torsadée,
et son barrissement pareil aux ondes qui résonnent et font écho dans la conque marine.
Tout est nature ; ce Noé connut l’ivresse,
selon sa vocation franchit les mers accompagné de son petit peuple vivant
et éduque ses songes de visions non asexuées.
Sa promise rougit, debout quelque part sur les terres de l’amour, docile comme la cire du cierge,
qui s’embrase à penser à toutes sortes de flammes.
La surprise sait pour lui être encore une manne.
Il n’est besoin de nul steamer, de cocktails sur les pontons
ni de bals dans les salles d’apparat
pour estimer notre chance ; et, dans le vélin nouveau-né,
pour s’émerveiller d’une feuille fraîchement encrée.
Que tourne la manivelle comme roulent les flots ;
que presse la vis sans fin comme au pressoir des vins doux, des verjus
d’une aventure… (Celle du graveur !)
L'arche de Noé - dessin au stylo- jf Monnet, septembre 2019