Textes et peintures de J.F. Monnet

Le talus aux cerisiers à fleurs- Peinture à l'huile - jf Monnet mais 2021
1- Il y a une quinzaine de jours : le bouquet que me jeta un cerisier à fleurs.
J'avais repéré la veille un endroit discret, au pied d'un talus où s'alignaient quatre magnifiques cerisiers à fleur double, dans l'apothéose de leur floraison. Se placer ici c'était se promettre de s'immerger dans un bain de parfum avec la sensation de se trouver à l'ombre d'un immense nuage végétal teinté d'un rose nuancé de rouge ou de blanc.

Branches de cerisiers décoratifs (''à fleurs'' - peinture acrylique - jf Monnet, mai 2021.
N'ayant que peu de temps devant moi, j'avais préparé l'emplacement, écarté les herbes sauvages déjà assez hautes, essayé de placer mon chevalet dans la meilleurs configuration qui soit en enfonçant ses pieds de quelques centimètres dans le sol pour pouvoir le replacer exactement de la même façon quand je reviendrais sur place. Puis esquisse de ce que je reprendrai demain.
Le bouquet en question, posé bien en évidence sur mon tabouret pliant-
photo jf Monnet le 23/04/2021
Le lendemain, me revoilà et, dans ce petit périmètre ponctué par les quatre trous, je vois au plein milieu un rameau de cerisier : morceau de tige fraîchement cassé et portant quatre ou cinq grappes bien fournies de ces fleurs qui à elles seules représentent le printemps. Qu'est-ce à dire ? Un coup de vent l'aura cassé et posé là ? Ou bien quelqu'un, mais c'est fort improbable, l'endroit est peu accessible. Je regarde alentour et effectivement les bourrasques de vent assez actives en ces jours ont dispersé de ci de là des fleurs ; mais des fleurs, isolées et en aucun cas, à plusieurs mètres à la ronde, un rameau cassé porteur de ces touffes fleuries. Comment ne pas y voir un signe, un encouragement, voire un remerciement du cerisier ayant déposé là juste où il le fallait sa provende de pétales tout frais et qui me chuchoterait : ''C'est bien là, exactement là, sous ces branches qui sont miennes, que tu dois te mettre à l'oeuvre !''
Un cadeau du ciel, du vent, du cerisier, de la nature printanière...
jf Monnet - détail de la photo précédente.
2- Le Kairos du petit arbre de Judée
Une après-midi de peinture dans le périmètre urbain de Besançon. Un chemin piétonnier assez fréquenté sur le coup de 16h30-17h30. Puis des passants plus rares après 18 h00-18h15 : il y a du confinement dans l'air !
Cela fait un peu plus de deux heures et demie que j'ai entrepris mon oeuvre dont la vedette, éclaboussant de tous ses mauves, est une petit arbre de Judée qui vient de s'épanouir , avec cette particularité (plutôt visible sur les arbres plus âgés) que certains bouquets de fleurs poussent directement sur l'écorce du tronc.

J'aperçois les murailles des fortifications, les grands érables ou tilleuls de l'allée et là-bas au fond une des tours des glacis du haut du Quartier Battant. Quelques temps auparavant je m'étais dit que pour une fois je pourrais signaler -ébaucher au moins- la silhouette d'un promeneur : ainsi au du ''végétation - constructions'' dont le contraste est toujours intéressant, viendrait s'ajouter le troisième élément d'une trilogie : la personne humaine par qui ce décor citadin fut élaboré. Mais, vers 18h45, presque plus personne, et surtout pas s'asseyant sur un bac pour prendre le frais... et la pose!... C'est à ce moment que l'esprit magicien opère ; une jeune femme, en mal de tranquillité et de méditation vient s'asseoir sur un muret qui domine la vaste fosse sous les remparts. Elle ne semble pas m'avoir vu, ou si c'est le cas je suis à distance respectable et suffisante (une vingtaine de mètres) pour qu'elle n'en ressente aucun dérangement dans le fait que je suis moi aussi présent en cet endroit.
Même paysage, étude au feutre sur le motif - jf Monnet, mai 2021
C'est incroyable, pensé-je : Elle s'est assise au juste point de l'espace qui s'ouvrait dans ce paysage. Elle est pensive, dans son monde, parfaitement immobile. Occasion idéale pour l'esquisser sur mon tableau !
Le délai fatidique de 19 heures approche. Soudain, elle sort de sa contemplation, essuie de la main ses vêtements qui ont été au contact de la pierre et des herbes. Elle m'aperçoit et - ô grâce !- me sourit. Salut souriant en réponse ; je lui adresse la parole.
Je lui fait comprendre qu'elle ne pouvait pas mieux tomber, qu'elle s'était installée à la bonne place et que je l'ai ''mise'' sur le tableau : elle montre un étonnement amusé, s'approche et je lui indique où elle se trouve sur l'image. Je m'explique un peu mieux : elle - sans le faire exprès- s'est mise juste au bon endroit pour meubler un espace vide de l'image.
Paysage du haut du Quartier Battant - Peinture à l'huile sur le motif.
Anne-Laure est assise sur un pan de mur qui domine le fossé.
Photo jf Monnet mai 2021
Je lui demande si elle veut bien me dire quel est son prénom ; "Anne-Laure" me répond-elle ... magnifique prénom, un peu d'étymologie : ''Laure'', les lauriers de la distinction voire de la gloire, comme la couronne de César ... et ''Anne'' ? ... Elle hésite, ne sait pas vraiment : ''la Grâce'' lui annoncé-je...
Oui, c'est bien cela : la grâce d'un moment de gratuité, imprévu, cadeau providentiel... Anne Laure près de l'arbre de Judée...
Je prendrai le temps de finir, soleil du soir favorable, dépassant largement l'heure réglementaire ; et désormais seul en ces lieux.
Branches de cerisiers décoratifs (''à fleurs'' )- peinture à l'huile - jf Monnet, mai 2021.