Textes et peintures de J.F. Monnet
Le phare - peinture à la tempera - jf Monnet, février 2009
Je me suis trop attardé hier soir à regarder le troisième et dernier épisode d'une série norvégienne, dans laquelle les noms propres sont imprononçables et finissent par se mélanger dans nos petites cervelles de français en une bouillie phonique qui trouble la compréhension que l'on peut avoir du scénario, pourtant pas si complexe que ça.
Littoral de rochers , canotage...
Enfin, l'intérêt est aussi de voir ce qu'est une société occidentale riche (et démocratique) où l'on peut fêter son x-ième anniversaire de mariage sur la terrasse de la villa joliment charpentée ; mais également d'apercevoir les paysages de l'Europe du Nord et des rivages de la Mer de Norvège... ceux-ci étant le terrain de prédilection de fringants et vaillants inspecteurs de police fonçant sur leurs vrombissantes vedettes d'intervention maritime.
Phare et oiseau marin - d'après Lapicque - Stylo feutre - jf Monnet novembre 2018
Pourtant la fin de l'histoire se termine par quelque chose qui possède tous les caractères de l'invraisemblable et qui cependant, non seulement se laisse regarder, mais convainc. Pourquoi donc ?
Tout simplement parce qu'au vraisemblable vient se substituer le symbolique. Je suis ici contraint d'apporter quelques éléments de l'intrigue en passe d'être dénouée :
Un phare perdu au large sur une île quasi déserte où seule réside une femme âgée, au demeurant propriétaire du vaste domaine marin s'étendant aux alentours. Une connaissance ayant de la sympathie pour elle, en le personne d'une jeune femme séduisante et ayant pris le parti de collaborer avec la police pour identifier le meurtrier. Une promenade au phare pour mieux profiter depuis le haut du panorama sauvage de ce coin de Norvège. Une conversation pendant laquelle cette jeune femme prend conscience que le meurtrier est une meurtrière, en l'occurrence cette femme âgée qui est en train de grimper avec elle à la plateforme d'observation. La transformation de la propriétaire des lieux qui retrouve ses pulsions meutrières quand elle se sait démasquée. La jeune femme enfermée dans le phare, mal en point et promise à une mort certaine dans un délai de quelques heures.
Le phare - peinture à la tempera - jf Monnet, fin janvier 2009
La lanterne du phare fonctionne avec une flamme et un miroir, c'est la jeune femme qui pour l'occasion l'avait précédemment allumée. Alors que la nuit tombe et que la recherche de la belle prisonnière de l'île de la ''sorcière'' s'interrompt par la force des choses, voilà que le policier amoureux (l'inspecteur) se trouve être le seul à apercevoir la lueur au loin du feu qui a pris au sommet du phare, ultime moyen que, sans doute, la belle prisonnière ait trouvé pour lancer un signal de détresse.
Et d'enfourcher -comme un demi-dieu son destrier- son engin motorisé et néanmoins sus-aquatique, pleins gaz pour trouver la belle à deux doigts de l'agonie, la sauvant in extremis des fumées suffocantes et des flammes.
Phare, pont et oiseau marin -peinture acrylique - jf Monnet, juin 2022
Nous avons dans tout ce qui vient d'être décrit rien de moins qu'une version contemporaine de l'épisode mythologique de Persée délivrant Andromède !
Fresque dans une villa de Pompéi, représentant Persée au secours d'Andromède (détail)
Le phare, symbole de la vigilance, de la veille aux confins des terres improbables ou, en tout cas, repère érigé dans les détours que la vie ordinaire n'avait pas prévus, y compris ceux de la passion amoureuse.
La flammèche que la Belle porte comme une bougie de Noël pour allumer la lanterne du phare... La petite flamme qui devient brasier et qui a vertu d'être signal reçu par l'unique personne ''devant'' la recevoir : mais voilà bien est une métaphore de l'amour naissant !
Le contexte aquatique, rappelant la situation dramatique de la belle Andromède enchaînée dans une grotte au bord d'un rivage où rôde le monstre marin qui devait la dévorer. L'animal de la légende a ici les traits de l'humain ayant tué pour agrandir son domaine et en être le seul propriétaire.
Dans la scène mythologique, Andromède, la belle captive, est également sauvée de peu par l'irruption salvatrice de Persée.

Statuette de Durgâ (Dourga) : elle chevauche le tigre noir, symbole de sa toute puissance guerrière.
Elle tua dans un combat la créature maléfique, le démon Mahishasura
C'est vieux comme le monde... ou plutôt c'est vieux comme la jeunesse du monde - du monde symbolique- des hommes :
Les forces du mal sont vaincues, des êtres déifiés viennent au secours d'âmes innocentes et nobles : Parmi les peuples, les ethnies, les groupes humains tous et chacun reçoivent ce message des dieux !
Un message de lutte contre le mal, un message d'altruisme...
Phare et oiseau marin, d'après Lapicque - dessin au stylo feutre - jf Monnet, novembre 2018