Textes et peintures de J.F. Monnet

Pierre Teilhard de Chardin
La notion de gravité, mot qui dit si bien le génie de la langue française puisqu'il allie une disposition de l'esprit à un concept qu'aiment manier les physiciens, est décidément fort malmenée ces derniers temps :
Avec une sorte d'incroyable, d'incompréhensible faute d'attribution, l'astrophysicien anglais Stephen HAWKING vient d'appliquer cette donnée physique à l'origine du monde : à l'écouter elle serait capable d'expliquer à elle-seule le fait que l'Univers se serait créé de lui-même, ne comptant pour ainsi dire que sur ses propres forces.
Certains ont immédiatement rétorqué que cela déplaçait le problème : quelle serait dans ce cas l'origine de la gravité ? divine ??
Les lois de la physique ne sont que des concepts vérifiables par certaines observations et modélisables par des équations mathématiques, qui permettent à l'esprit humain de comprendre le fonctionnement de l'univers. Confondre l'outil et l'artisan c'est confondre le marteau ou la scie avec le menuisier. Ainsi comment confondre "gravité" et Origine ?
Il est vrai que la gravité, vecteur qui fait que les corps célestes s'attirent, présente la "vertu" (mais l'islam sait bien que Dieu n'a pas l'attribut que d'une seule !) d'être parlante métaphore de l'attraction des êtres donc de l'amour. Stephen HAWKING a donc au moins le mérite de tenter une explication, par un mode simple et unitif, de l'origine de l'univers...
Une autre objection fut la suivante : quel miracle est le plus grand : que l'univers soit ... ou bien qu'il continue à être ?
A ce sujet il me semble indispensable de prendre en compte un autre genre de considération : la multitude des choses "créées" à partir de la soupe des particules élémentaires originelles, constitue une sorte de "vivier" de choses possibles, immensément diversifié et par conséquent sur lequel le hasard peut s'exercer, donnant leur chance à des combinaisons nouvelles : on le sait, de façon scientifique et irréfutable, c'est ce qui s'est produit pour notre planète Terre, couverte sur ses deux tiers de l'eau ayant permis l'apparition de la vie et de l'oxygène. Il fallut environ 1.5 à deux milliards d'années après l'apparition de la première cellule identique à celles qui nous composent pour que soient colonisés les continents par les premiers végétaux et animaux terrestres. Et ce n'est que tout récemment* que l'espèce humaine saisit sa chance, celle de la pensée, à la suite de cette aventure évolutive de la vie.
Ce à quoi je veux aboutir est la prise de conscience de cette impressionnante "pulsion de diversification" qui existe dans l'univers, tendance à créer des formes nouvelles et qui aboutit, dans ses raffinements ultimes, à la pensée réflexive, à la conscience de vivre et de mourir, aux rites funéraires et religieux, à l'expression artistique : cette pulsion de diversification m'apparaît être la réponse au "continuer à être". Elle rejoint la notion teilhardienne de montée vers l'humain. Or à quoi se sont donc employées toutes les civilisations ? à la montée vers Dieu !
Mais en quoi cette "gravité originelle" prônée par HAWKING, fournit-elle une réponse au "continuer à être" sans faire du hasard, plus qu'un moyen, une finalité absurde ?
En réalité Stephen HAWKING fait de la gravité une tendance nombriliste du monde, dont on ne voit pas comment elle pourrait rendre compte de sa mystérieuse tendance à se complexifier.
La science, qui est fondamentalement neutre, ne saurait cependant condamner la pensée humaine, irrémédiablement, à l'autosuffisance. Pierre Teilhard de Chardin eut, sa vie durant, l'humilité mais peut-être aussi la joyeuse gravité de celui qui se laisse instruire.
Et ce n'est certes pas un scientifique-mystique de sa trempe qui aurait songé à évincer le Mystère du monde, Mystère que cultivent toutes religions et qui semble si insupportable à certains !
jf MONNET 12/09/2010
* à l'échelle des temps géologiques dont l'unité de base, rappelons-le, est le million d'années.

Stephen HAWKING