Textes et peintures de J.F. Monnet
Par jeffpm
IVRESSE DE NOE, AVEC SONGE D’ALYOUM
Noé est ivre et cette ivresse peut être comprise comme une métaphore de l’expérience spirituelle ; il est nu, allongé sur le sol, position qui le rapproche de la condition d’un fils d’Adam.
Ses fils tiennent le manteau rouge pour recouvrir sa nudité ; la coupe de vin est renversée ; tous ces éléments sont repris d’une composition de Giovani BELLINI (XVI°siècle- Musée de Besançon).
J’ai imaginé que, dans son ivresse Noé, faisait un songe de résurrection : il a la vision de l’Ange sonnant du shophar, il s’agit de l’Ange du Jour de Gloire (« Alyoum ») tel qu’il est représenté sur le tympan de l’abbatiale Sainte Foy de Conques et dont je me suis inspiré.
C’est un autre aspect de la filiation qui est ainsi suggéré : reprendre à son compte les images que créèrent les artistes des siècles précédents.
On remarquera que si la pose de Noé est inspirée d’un tableau ancien, le dessin, nerveux et assez tourmenté rappelle plutôt celui d’Egon SCHIELE.

Ivresse de Noé et Songe d'Alyoum - 80 x 120 cm
Dessin au pastel et craie sur papier bistre-BASA 2009 
Etude pour L'Ange "Alyoum" dessin au feutre sur carnet
L'Ivresse de Noé - Etude au crayon
Noé ivre songe à Alyoum - Peinture 95x125 
L'Ivresse de Noé (d'après Bellini) - Peinture à l'huile sur panneau.
90x120cm - Exposé à la BASA 2009
L’IVRESSE DE NOE
Relisant ce tableau, je vois dans le geste qui jette le manteau rouge, plus quelque chose de salutaire (qui évoque le Salut) que quelque chose qui reflète la faute du fils de Noé. Ce geste est en quelque sorte comparable à celui de l’Ange lanceur de Filet.
Peut-être peut-on voir dans ce geste un voilement/ dévoilement ; par exemple (mais ceci n’est qu’une interprétation parmi d’autres possibles) :
… Jeter le voile sur les mythologies défuntes de l’ivresse, j’entends par là celles de Dionysos, positions existentielles propres au monde de l’Eros que reprirent à leur compte les dandys de l’époque baudelairienne avec leurs « paradis artificiels » et d’autres encore bien après eux.
… Et dévoilement d’une humanité plus nue et éprise d’une ivresse plus radicale, à savoir l’ivresse spirituelle (celle de la Pentecôte en laquelle les apôtres sont décrits comme ivres mais non de vin doux) ; ce que peut exprimer cette coupe qui, au lieu d’être renversée et perdant son contenu à terre, semble le projeter vers le haut dans un espace autre, un espace d’au-delà. Ce contenu est le« ceci est mon sang » ; la figure de Noé peut alors être comprise comme pré-christique.
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